Qui n’a jamais eu peur ?
Et surtout, qui oserait affirmer honnêtement qu’il ne la respire pas, d’une manière ou d’une autre, presque chaque jour ?
On dirait un mot interdit. Pourtant, j’ai souvent l’impression qu’il s’agit du fil invisible qui traverse nos vies depuis que nous avons l’âge de raison.
La peur.
Je sais que cette affirmation peut sembler provocatrice. Mais plus j’observe le monde, plus je me demande si nous ne vivons pas dans une société largement façonnée par elle.
Je l’ai vue partout.
Dans les maisons où les inquiétudes des parents deviennent parfois l’héritage des enfants.
Dans les écoles où une pensée qui dérange les certitudes établies est souvent davantage corrigée qu’explorée.
Dans certains lieux de culte où l’on apprend plus facilement à craindre qu’à comprendre.
Et bien sûr dans nos sociétés modernes, où l’on semble constamment nous rappeler tout ce qui pourrait mal tourner.
Lorsque je regarde mon propre parcours, je réalise que l’on m’a bien plus souvent expliqué ce que je ne devais pas faire que ce que j’étais libre de devenir.
Je pourrais probablement compter sur les doigts d’une main les fois où l’on m’a encouragée à créer simplement parce que créer est dans notre nature.
En revanche, j’ai perdu le compte des milliers de fois où l’on m’a dit de me méfier.
Par peur.
Toujours par peur.
Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est infiniment plus beau de construire que de contrôler. Plus courageux d’inspirer que d’intimider.
Le jour où j’ai voulu regarder le monde autrement
Je crois qu’il est plus facile de détruire que de créer.
Créer exige une forme de foi.
Une confiance presque irrationnelle dans quelque chose qui n’existe pas encore.
Mais lorsque nous créons, quelque chose d’étrange se produit.
Comme si un voile tombait doucement de nos yeux.
Comme si nous retrouvions une raison de rester.
Une raison qui dépasse largement les obligations, les attentes des autres ou cette vieille peur de passer à côté de sa vie.
Je me souviens du moment où j’ai commencé à regarder le monde autrement.
Je ne voulais plus vivre dans un univers où la peur remportait systématiquement la victoire.
Je voulais pouvoir être moi-même sans usurper la place de personne.
Sans me trahir.
Sans avoir à demander la permission d’exister.
Mais la peur était toujours là.
Et c’était parfaitement normal.
Depuis l’enfance, on avait planté en moi cette petite graine censée me protéger.
On l’appelait prudence.
On l’appelait sagesse.
On l’appelait parfois réalisme.
Pourtant, avec le temps, ce prétendu système de protection a commencé à m’étouffer.
Alors j’ai fait ce que beaucoup d’entre nous font.
J’ai combattu.
L’Archange de Feu
À une époque, je me voyais presque comme un Archange de Feu.
Une épée à la main.
Face à un océan infini de vieilles idées, de croyances héritées et de limites invisibles.
Je voulais tout remettre en question.
Je voulais tout brûler.
Les peurs.
Les conditionnements.
Les mensonges.
Les cages.
Je me battais avec toute la force dont j’étais capable.
Mais sans m’en rendre compte, quelque chose d’étrange se produisait.
Je devenais prisonnière de ce contre quoi je luttais.
Plus je combattais la peur, plus je lui consacrais mon énergie.
Plus je voulais l’éliminer, plus elle occupait de place dans ma vie.
Puis un jour, une évidence s’est imposée à moi.
Une évidence aussi simple que brutale.
Notre existence est incroyablement courte.
Trop courte.
Trop fragile.
Trop précieuse.
Pourquoi consacrer une vie entière à mener une guerre contre quelque chose que nous continuons nous-mêmes à nourrir ?
Cette question a changé beaucoup de choses.
Ce que les essences m’ont appris
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles je suis tombée amoureuse de l’aromathérapie.
Je ne parle pas ici de simples senteurs agréables.
Je parle de rencontres.
De ces rencontres silencieuses qui surviennent parfois entre une plante et une âme prête à l’écouter.
L’Angélique.
L’Encens.
La Myrrhe.
Le Sapin Douglas.
Le Cèdre.
Des essences végétales qui ont accompagné certaines des traversées les plus importantes de ma vie.
Non comme de simples fragrances, mais comme de véritables présences.
Des alliées discrètes capables de nous reconnecter à des espaces intérieurs que le mental peine parfois à atteindre.
Je me souviens de certaines nuits où mes propres démons semblaient avoir pris toute la place.
Des nuits où l’esprit fabriquait ses scénarios les plus sombres.
Des nuits où le doute et la peur se nourrissaient l’un de l’autre.
Et pourtant, il suffisait parfois de me laisser envelopper par l’essence du Sapin Douglas pour que quelque chose change.
Comme si l’essence même d’une forêt ancienne surgissait en moi.
Comme si la force tranquille de ces arbres fermait le passage à tout ce qui cherchait à me poursuivre.
Je ne fuyais pas ce que je ressentais.
Je retrouvais simplement un espace où respirer.
On ne vainc pas la peur
Avec les années, j’ai compris quelque chose que personne ne m’avait enseigné.
La peur n’est pas une énergie que l’on vainc.
Du moins pas de la manière dont on nous l’a souvent raconté.
On ne gagne pas contre elle.
On ne l’écrase pas.
On ne la fait pas disparaître.
La peur existe.
Elle fait partie de l’expérience humaine.
Mais elle cesse de nous gouverner lorsque nous arrêtons de lui offrir toute notre attention.
Le jour où j’ai cessé de nourrir mes peurs, j’ai commencé à nourrir mes projets.
J’ai trouvé de la force dans le Cèdre.
Du réconfort dans la Lavande.
Je me suis préparé une crème à l’Argan et au Ciste pour accompagner les cicatrices de ma peau et celles, plus invisibles encore, de mon âme.
Puis j’ai continué mon chemin.
En consultant.
En créant.
En formulant.
En étudiant.
En découvrant les millions d’univers qui habitent aussi bien les plantes que les êtres humains.
Une autre manière de vivre
Ne vous méprenez pas.
La peur fait encore partie de ma vie.
Elle apparaît lorsque je lance un nouveau projet.
Lorsque je partage mes créations.
Lorsque je me demande si mes mots seront lus.
Si cette alchimie que j’aime tant transmettre trouvera sa place dans le cœur de quelqu’un.
La différence, aujourd’hui, c’est qu’elle ne commande plus.
Cette même énergie qui me freinait autrefois nourrit désormais mon élan créateur.
Parfois, je me demande si l’Archange de Feu a réellement disparu.
Ou s’il s’est simplement métamorphosé.
Peut-être en une âme de papillon alchimique.
Peut-être en une femme qui a compris que l’on transforme davantage le monde en créant qu’en combattant.
Une seule chose m’importe désormais.
Que cette vie ait un goût de vie.
Pas un goût de prudence.
Pas un goût de survie.
Pas un goût de renoncement.
Un goût de vie.
Le reste n’est que bruit.
Et vous, combien de décisions avez-vous prises aujourd’hui par peur plutôt que par amour de ce que vous pourriez créer ?

Laisser un commentaire